lundi 15 octobre 2012

Pouvoir et contre-pouvoirs dans la gestion universitaire

Propos de Marcel Lajeunesse, ex vice-doyen à la faculté des arts et sciences et ex directeur de l'ECole de bibliothéconmomie et desciences de l'information de l'Unviersités de Montréal. Entretien paru dans le volume 41, n. 1 de la Revue Argus de la Copporation des bibliothécaires professionnels du Quéebec, octobre 2012
Dossier / le pouvoir ➜ Sources : Marc el Lajeunesse Pouvoirs et contre-pouvoirs dans la gestion universitaire P r o p o s d e M a r c e l L a j e u n e s s e r e c u e i ll i s p a r M y L o a n D u o n g Marcel Lajeunesse et moi sommes tous les deux bibliothécaires. Nous avons aussi ce point commun d’avoir fait carrière tous les deux au sein de la même institution, l’Université de Montréal. Pour l’un comme pour l’autre, ce parcours a duré plus de trente ans. Mais nos parcours professionnels ne se ressemblent pas. Nous ne sommes pas, pour ainsi dire, du même côté de la barrière. Marcel Lajeunesse a été professeur et puis cadre académique avant de revenir à l’enseignement et la recherche. Quant à moi, embauchée à l’Université de Montréal comme bibliothécaire au milieu des années soixante-dix, c’est surtout comme professionnelle et spécialiste que j’ai oeuvré jusqu’à la fin de 2008. Quand j’ai pris connaissance, le 29 mars dernier, de l’appel de textes d’Argus sur la thématique du pouvoir, du centre-ville de Montréal nous parvenait l’écho des manifestations des étudiants contre la hausse des frais de scolarité imposée par le gouvernement. Le conflit était à ses débuts, mais il était clair que le débat dépassait ce seul enjeu. Le 22 mars, plus de 200 000 personnes étaient descendues dans les rues de la métropole pour dénoncer une augmentation des frais qui ferait porter sur les plus démunis la mauvaise gestion des universités et pour réclamer la fin de la culture de l’impunité. J’ai pensé à Marcel Lajeunesse et aux discussions, parfois à bâtons rompus, que nous avions eues sur des sujets semblables et je lui ai proposé cet entretien. Marcel a accepté tout de suite. Car nous avons aussi en commun ceci : malgré le confort de notre retraite, nous ne sommes jamais devenus indifférents aux affaires des universités et au monde des bibliothèques. Nous nous sommes rencontrés deux fois autour d’un café pour échanger sur la thématique du pouvoir, lui pour l’avoir exercé et moi pour l’avoir connu et subi. En voici le résultat. J’ose espérer que vous aurez du plaisir à nous lire. MLD .: Vous avez connu une longue et riche carrière à l’Université. Vous avez pris votre retraite en 2006. Pour nos lecteurs, voulez-vous retracer votre parcours académique? ML: Pendant les trente-six ans que j’ai passés à l’UdeM, j’ai consacré la moitié de ma carrière à l’enseignement et la recherche en tant que professeur, tandis que l’autre moitié a été occupée par la gestion. Mon poste de cadre académique m’a conduit à la direction de l’EBSI pendant neuf ans et j’ai assuré pendant presque autant de temps la direction de la Faculté des arts et des sciences (FAS) comme vicedoyen. MLD . : Dites-moi ce en quoi consiste le rôle d’un directeur de département? ML. : Le directeur de département est d’abord choisi par ses collègues, il est primus inter pares, ce que ses collègues peuvent lui faire sentir à l’occasion. Il est le directeur des études de son département, le gestionnaire du personnel et des ressourcesfinancières, le porte-parole de sa discipline à l’Université et au sein de la profession sur les plans national et international. MLD. : «Premier parmi ses pairs» mais aussi «pair parmi les pairs. L’École a pris un essor important à la fin des années 1980. Quels étaient les objectifs que vous vous étiez fixés? ML. : Je m’étais donné un certain nombre d’objectifs: réunir les locaux de l’École sur un seul étage pour faciliter les activités, revoir les programmes d’études, développer la recherche et principalement la recherche subventionnée, élargir et renouveler le personnel de l’École (professeurs et professionnels) et implanter le programme de doctorat en sciences de l’information. J’ai développé le volet communication avec le bulletin annuel En direct de l’EBSI afin de mieux informer la communauté des activités de l’EBSI et donner plus de visibilité à l’École. Diriger, c’est aussi informer et communiquer. MLD : En 1994, vous avez accepté un poste de vice-doyen. J’ai eu à l’époque une conversation avec vous où vous disiez regretter un peu cette espèce de liberté intellectuelle que vous permettait la fonction de professeurchercheur. Il y a le Marcel Lajeunesse, professeur, et le Marcel Lajeunesse, administrateur. Ont-ils fait bon ménage? ML. : On n’est pas candidat au poste de vice-doyen. C’est le doyen qui forme son cabinet ou son équipe de direction. Après près de sept ans à la direction de l’EBSI, cette offre arrivait à point nommé. La FAS est une méga-faculté née de la fusion de cinq facultés, 26 départements académiques et écoles professionnelles; la gestion en est complexe. De 1994 à 1998, comme vice-doyen à la planification, je devais rétablir la situation budgétaire de la Faculté. Je l’ai fait en coupant cent postes dans le personnel enseignant, en économisant près de quatre millions de dollars sur d’autres dépenses et en fermant un département (géologie). J’étais responsable du plan quinquennal facultaire. Car gérer, c’est prévoir aussi. MLD . : Cette fonction vous a amené à une autre, celle de vice-doyen à la gestion des ressources humaines. C’est un poste qui est reconnu comme difficile. Comment définissez- vous ce poste ? ML.: En 1998, la situation budgétaire s’était améliorée, en grande partie grâce aux efforts des années précédentes. De 1998 à 2002, on a ajouté une centaine de postes de professeurs. J’étais responsable des affaires professorales (quelque 630 profs en 2002). La gestion du personnel non-enseignant m’incombait aussi (quelque 340 personnes), de même que la gestion du budget de la Faculté (environ 85 millions de dollars en ces années). Ce poste exigeait des communications constantes avec les départements, avec les autres vice-décanats et de même qu’avec la haute direction de l’Université. MLD . : Les années 2000 à 2005 ont été des années mouvementées sur le plan syndical. Les grèves se sont succédées, celle des employés en 2003, des chargés de cours en 2004, des étudiants en 2005, des professeurs un peu après. Qu’en avez-vous retiré de cette expérience dans les lieux du pouvoir et des décisions? ML. : De ces années de gestion, j’ai retenu l’importance des bons contacts humains. Comme vice-doyen aux ressources humaines et à l’administration, j’ai eu à traiter avec le syndicat des professeurs, le syndicat des chargés de cours, le syndicat des employés de soutien, l’association des cadres et professionnels, les associations d’étudiants (les évènements récents ont démontré l’importance des instances étudiantes dans l’Université). La Faculté regroupe 42 % des effectifs de l’Université. Le vice-doyen siège comme repré- sentant patronal dans les négociations des conventions collectives, dans les comités de griefs, dans les organismes de régie universitaire. Mais moi, j’aime travailler avec les gens, en concertation avec eux, je trouve cela plus stimulant que la gestion des questions budgétaires. MLD . : L’université est un milieu où on rencontre parfois de gros égos. L’arrogance, comme l’arrivisme, est très vite détectée et très mal perçue. Henry Mintzberg le rappelle dans ses écrits sur la gouvernance de ces organisations complexes que sont les universités. Il faut une excellente connaissance du milieu, de ses enjeux et de sa dynamique. Cela prend aussi une personnalité forte avec de solides qualités humaines et une certaine envergure intellectuelle pour savoir influer sur les décisions et s’imposer devant ses pairs. Dites-moi, pourquoi devient-on gestionnaire? ML. : Pourquoi devient-on gestionnaire? Les raisons sont diverses. Elles varient d’une personne à l’autre. La raison principale qui m’a amené à devenir gestionnaire à l’Université, c’est que je crois qu’on peut – même un tant soit peu – changer des choses et qu’à défaut de changer les choses, on peut influer sur les évènements. J’y ai découvert le plaisir de travailler en équipe, le goût de décider. La nature humaine étant ce qu’elle est, je dois dire qu’il y a une part de curiosité: celle de voir, selon l’anecdote de Chamfort, comment l’administration, la justice et la cuisine se préparent. MLD . : Qu’est-ce qui vous a le plus frappé au cours des années où vous avez assumé ces fonctions de cadre académique ? Comment avez-vous exercé votre pouvoir? ML. : Ce qui m’a frappé dans ces postes de gestion? Le directeur de l’École est dans sa discipline, dans son milieu, avec ses collègues. Mais le directeur ressent une certaine solitude. Comme vice-doyen de la FAS, l’étang s’est agrandi; on n’est plus dans sa discipline, on s’éloigne de l’enseignement et de la recherche, mais on travaille en équipe. En fait, je ne sais pas si la direction de l’Université est une direction collégiale, mais personnellement, j’ai vécu et j’ai exercé la direction de la Faculté comme une direction collégiale, avec des objectifs d’équipe. C’est dans cet esprit que j’ai exercé mes fonctions d’administrateur. MLD . : Il y a le pouvoir, mais il y a aussi un contre-pouvoir représenté par les instances syndicales. En coulisse, on murmure que ce contre-pouvoir est moins fort qu’auparavant, que le pouvoir est trop centralisé. On dit qu’il y a trop de cadres administratifs et que la bureaucratie est trop lourde. Qui détient le pouvoir à l’université? ML. : Le pouvoir à l’université est exercé par le rectorat. Les administrateurs de l’université sont d’anciens professeurs-chercheurs et ils se targuent de se définir ainsi. Ils nomment d’ailleurs les cadres administratifs comme, par exemple, le directeur des bibliothèques. Le syndicat des profs représente un contre-pouvoir certain à l’université mais c’est un type particulier de syndicat, différent des autres. Le pouvoir dans une université est un type de pouvoir très particulier. MLD . : Les orientations et les politiques de l’université viennent du rectorat et les cadres administratifs ont pour mandat de les mettre en oeuvre. Maintenant, dans un département, les professeurs ont leur mot à dire face aux décisions, ils ont un droit de veto car ce sont eux qui déterminent des orientations des programmes d’étude, bien que la course aux subventions et l’aspect financier peuvent aussi avoir un impact sur les orientations. Est-il arrivé que les professeurs acceptent un candidat sous certaines pressions? ML. : L’assemblée de département représente le lieu d’un pouvoir qui peut être fort… si les professeurs décident de l’exercer vraiment. Une décision de l’assemblée a plus de pouvoir que la décision du seul directeur. C’est en tout cas ainsi que la direction de la FAS interprétait les résolutions qui venaient de cette instance. C’est par l’assemblée de département que les professeurs peuvent s’opposer aux projets de la haute direction. MLD . : Abordons le rôle des syndicats dans la fonction publique et parapublique. Les bibliothécaires ont des statuts différents d’un milieu à l’autre. Dans les universités américaines et les universités de langue anglaise au Canada et au Québec, les bibliothécaires ont le statut académique, mais à l’Université de La raison principale qui m’a amené à devenir gestionnaire à l’Université, c’est que je crois qu’on peut – même un tant soit peu – changer des choses et qu’à défaut de changer les choses, on peut influer sur les évènements. À l'UdeM, les bibliothécaires font partie de la section 1244 du syndicat de la FT Q. Ils sont les seuls professionnels à être représentés par un syndicat. Le fait d’être syndiqué est-il un désavantage pour les bibliothécaires? ML. : Évidemment, les bibliothécaires, comme d’autres professionnels de l’État, des cégeps ou d’universités, peuvent être membres d’un syndicat. Mais cela dépend du syndicat. Je ne suis pas convaincu que l’appartenance à ce syndicat (1244) aide à leur valorisation professionnelle. Faire partie d’un groupe limité de professionnels dans une large unité comprenant surtout des employés de bureau, c’est se condamner à être minoritaires, à être quasi marginalisés. MLD . : Plusieurs de mes collègues pensent que le fait d’être syndiqué leur assure une meilleure protection de leur intégrité professionnelle, en plus d’une stabilité dans un environnement très mouvant. ML. : Pour leurs collègues, employés de bureau, techniciens, les bibliothécaires sont des privilégiés étant les seuls professionnels dans leur section, les bibliothécaires ne peuvent, à mon avis, occuper une place majeure dans la gestion et les orientations de ce syndicat ou faire valoir leurs préoccupations. Cette situation, à mon avis, est préjudiciable pour eux et pour la profession. MLD. : Les règles élaborées pour gérer les tâches et évaluer les qualifications de l’ensemble des employés ne correspondent pas à la réalité et au vécu des bibliothécaires. Le travail des bibliothécaires est mal reconnu. Malgré tout, la plupart des innovations des quinze dernières années ont été menées grâce à l’initiative des bibliothécaires: les premiers sites web, les programmes de formation à l’utilisation, les blogues, les répertoires et bibliographies en ligne, etc. Les bibliothécaires, par leur expertise, ont contribué beaucoup au rayonnement de la profession et de l’institution avec leurs publications et leurs interventions publiques, d’autant plus que les bibliothécaires-cadres ne font pas des tâches professionnelles mais de la gestion. Le modèle est perfectible et on y travaille. ML. : Oui, peut-être. Peut-on changer cela? Personnellement, je ne serais pas à l’aise et je n’aimerais pas faire partie d’un tel syndicat. MLD : Le 24 avril dernier, la Société bibliographique du Canada a souligné vos mérites en vous accordant la médaille Marie-Tremaine de l’année pour l’ensemble de vos travaux. Vous êtes aussi considéré comme un expert de l’histoire des bibliothèques au Québec. Selon vous, quelles sont les personnes qui se sont distinguées comme de grands administrateurs et bibliothécaires? ML. : Avant la création des écoles universitaires dans le domaine, je pense à Aegidius Fauteux et Jean- Charles Bonenfant. À une période récente, l’action de Lise Bissonnette est remarquable. Je nommerais aussi Edmond Desrochers que j’ai connu comme collègue à l’EBSI quand il était professeur agrégé. Bien que jésuite, il a contribué à laïciser les associations de bibliothécaires, alors axées sur le bon livre, la censure, très présente à l’époque, l’Index. Il a été l’artisan de la création en 1961 de l’École de bibliothéconomie de l’Université de Montréal, avec comme objectif, l’obtention de l’agrément de l’ALA. On lui doit le développement de véritables bibliothèques au Québec avec la première loi sur les bibliothèques publiques au Québec votée en 1959. MLD . : Notre entretien a lieu sur fond de crise étudiante. Nous sommes au début du mois de mai, le conflit entre les étudiants et le gouvernement dégénère chaque jour un peu plus. D es dizaines de milliers d’étudiants sont toujours dans la rue. Que pensez-vous de cette crise et du rôle du MELS (ministère de l'Éducation, des Loisirs et du Sport) dans tout ça? ML. : Le conflit actuel met en exergue les notions d’éthique et de bonne gouvernance dans les universités. Il y a eu de nombreuses dérives – non sanctionnées par le MELS – et qui sont montrées du doigt. On a fait de grands progrès concernant l’éthique dans les subventions et contrats de recherche. Ici on parle de l’éthique au plan de la gestion des institutions universitaires. Les étudiants n’acceptent pas, et avec raison, que des personnes responsables mettent leur université quasi au bord de la faillite et ne soient pas appelés à répondre de leurs actes, ne soient pas sanctionnées. Le cas de l’Îlot Voyageur à l’UQÀM est le cas le plus connu et le plus scandaleux. Peut-être demain le cas de TELUQ? MLD. : La question de la moralisation de la vie publique s’est ajoutée dans le débat. Le problème n’est pas la gratuité, bien que certains la réclament, car étudier à l’université et au collège n’a jamais été gratuit au Québec. S’agit-il d’un problème de gouvernance et de leadership? ML. : Il y a deux facettes, à mon avis, dans ce conflit. Il y a le problème de l’avenir de nos universités. Manquent-elles d’argent pour se développer et soutenir la concurrence? Est-ce que la rationalisation de leur fonctionnement suffirait à combler le manque de ressources? Moi, je crois au manque de ressources, notamment à l’Université de Montréal qui est une grande université de recherche. Je favorise une hausse modérée des frais de scolarité, suivie d’une indexation. L’autre facette concerne le déroulement de conflit lui-même. Je crois qu’il y a peu d’exemples d’un conflit aussi mal géré de la part du gouvernement : silences, absences, propositions insuffisantes, trop tardives et hors propos. Je ne m’y connais pas beaucoup en médias sociaux, mais je constate que les étudiants ont su très bien se servir de ces outils pour passer leur message. MLD . : La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a avoué candidement que « les réseaux sociaux ont provoqué un élargissement du débat » et que le gouvernement (et son ministère) est « une grosse machine … pas très habile à utiliser les médias sociaux » («Victime» des réseaux sociaux ?, Vincent Marissal, La Presse, A 10/11 mai 2012). Je comprends qu’elle soit passablement débordée à ce moment-ci et que pour elle, le MELS est un trop gros ministère; pourtant, elle devrait s’en servir. Les jeunes ne se sentent pas écoutés. Il y a des silences qui sont aussi brutaux que les bruits des vitres cassées. Les réseaux sociaux ont été des outils de communication et de mobilisation extraordinaires. Si le mouvement pour la grève a pris cette ampleur, c’est indéniablement grâce à ces outils. ML. : Le gouvernement a été assez malhabile dans la gestion de cette crise. Il a laissé, peut-être volontairement, pourrir le conflit en espérant qu’il se résorbe de lui-même ou pour en récolter des fruits électoraux. —— Malhabile ou cynique. Le fond du problème est la crise de leadership. Pour confronter cette crise, il aurait fallu que la personne responsable des institutions où travaillent et où sont formés l’élite, les experts et les dirigeants de la société, sans nécessairement être un André Malraux ou même un Camille Laurin, possède une autorité morale, un rayonnement personnel et une envergure intellectuelle qui dépassent un peu la moyenne. C’est un peu fou d’y croire, mais espérons que cette crise aura réussi à interpeller nos dirigeants, pas ceux qui sont en place, mais d’autres, ceux qui les remplaceront un jour. Ces jeunes qui manifestent pour réclamer plus d’éthique dans la gestion des affaires publiques ne sont pas tous des enfants gâtés, des individualistes qui ne pensent qu’à eux. Pour paraphraser un grand homme politique, ils défendent une « certaine idée de la politique » qui est tout à leur honneur. Leur lutte est utopique mais elle me fait penser à celle de Morel, le héros du roman Les racines du ciel de Romain Gary, qui se battait seul dans toute l’Afrique pour la survie des éléphants, cette espèce animale encombrante, tout à fait inutile pour beaucoup et que l’on massacrait parce qu’elle prenait trop d’espace. Dans le roman, parlant du combat de Morel contre les autorités, un personnage concluait : « Il s’est mis dans une situation impossible. Personne n’est jamais arrivé à résoudre cette contradiction qu’il y a à défendre un idéal humain en compagnie des hommes. » Il faudra beaucoup d’autres hommes libres, d’autres Morel. my. l o a n . d u o n g @ u m o n t r e a l . c a My Loan Duong, Licence en lettres romanes (Université de Liège), MLS (McGill University) m a r c e l . l aj e u n e s s e @ u m o n t r e a l . c a Marcel Lajeunesse, B. Bibl. (Montréal), Ph.D. (Ottawa) ⨯ Marcel

mardi 28 septembre 2010

Mutation des professsions de SCI: quel est l'impact sur la fonction des techniciens et techniciennes en documentation ?

Au cours de la dernière décennie, dans les bibliothèques et les centres de documentation de partout dans le monde, on assiste à une mutation d'une ampleur sans précédent de la fonction de ceux et celles qui exercent les métiers du livre et de la documentation. Avec la formidable ubiquité de l'Internet, aider les usagers à explorer, à utiliser les ressources et à partager le savoir dans ce nouveau contexte est devenu un défi majeur. Dans ce nouveau paysage où les besoins inédits apparaissent chaque jour, pour pouvoir désormais accompagner efficacement les usagers, la polyvalence et l'autonomie professionnelle sont désormais indispensables pour appréhender le monde poreux et changeant des sciences de l'information.

Cette nécessité de revoir leur rôle dans la chaine d'acquisition, de conservation et de diffusion du savoir a incité deux techniciens de l'Université de Montréal à soumettre à leur collègues un sondage « dont l’objectif est de définir les enjeux actuels pour la profession de technicien(ne) en documentation ». Initiée par Majolaine Poirier et André Bilodeau, cette enquête devrait donner un portrait plus à jour et plus précis du nouveau rôle des techniciens et techniciennes en documentation. Commencé le 27 septembre 2010, le sondage s'adresse à « tous les diplômé(e)s du programme en techniques de la documentation du Québec (peu importe la langue) ou dans des milieux francophones au Canada ».

Cette initiative est une des premières du genre, au Québec du moins. Les résultats, comme l'indiquent les responsables du projet, seront communiqués lors d’une conférence donnée le 5 novembre prochain au Congrès des milieux documentaires. La cueillette des données se termine le 19 octobre 2010.

Le sondage, disponible sur le site mis sur pied à cet effet a déjà recueilli un nombre appréciable de réponses. N'hésitez pas d'apporter la vôtre! La contribution de tous à cet exercice est très importante pour la redéfinition de cette fonction! Pour ceux qui aimeraient en savoir davantage sur le projet, je vous invite à consulter le blogue de l'équipe.

Personnellement, je suis convaincue que toutes les catégories de personnel tireront profit des résultats de cet exercice qui contribuera à faire avancer la problématique de la redéfinition des rôles et du partage des tâches de chacun et de tous qu'ils soient cadres, professionnels, techniciens et autres employés des bibliothèques et des centres de documentation au Québec.

mercredi 21 avril 2010

Un blogue et un sondage qui posent les bonnes questions

Les métiers de la documentation ont subi au cours des 20 dernières années un bouleversement d'une rare intensité qui touche les sphères professionnelles, personnelles, sociales et culturelles. Les répercussions des changements technologiques et la pénétration du numérique ont transformé la profession de nos collègues techniciens et techniciennes en documentation de la même manière qu'elles ont bouleversé de fonds en comble les modes de travail et de fonctionnement dans les attributions de tâches des bibliothécaires dans les organismes et les institutions voués au traitement, à la diffusion et à la conservation des ressources informationnelles.

Réfléchir sur la fonction transformée de technicien et technicienne en documentation

De cette nouvelle réalité émergent des usages inédits. Dans la chaîne documentaire où techniciens et techniciennes jouent un rôle de première importance dans l'organisation du savoir, ses acteurs sont obligés à composer avec des pratiques exigeant un niveau d'intervention plus complexe, des connaissances plus pointues et plus diversifiées.

Dans ce contexte changeant et multiforme, des technicien(ne)s en documentation de l'UdeM, ont pris l'initiative. Conscients de la nécessité de redéfinir leur fonction, ils invitent tous leurs collègues à répondre à ce sondage « dont l’objectif est de définir les enjeux actuels de la profession ».

Un sondage pour l'avenir

Toujours à l'avant-garde, afin de pouvoir rejoindre tous leurs collègues, francophones et anglophones du Québec, un blogue a été mis sur pied par nos collègues afin de « permettre aux technicien(ne)s en documentation, ainsi qu’aux autres professionnels du milieu, de suivre l’évolution du projet, de réagir aux différentes étapes du processus et de participer à l’élaboration du résultat final ».

Le sondage sera déposé sur le blogue. Dans un premier temps les gens sont invités à participer à la collecte d’informations, à émettre leurs points de vue, à commenter et contribuer ainsi à la confection du sondage. L’étape du sondage sera le résultat d'un processus créatif et participatif qui aura permis de recueillir les réflexions de tous.

Les résultats de ce projet «indépendant» seront diffusés au Congrès des milieux documentaires à l'automne 2010.

Je ne peux qu'applaudir cette initiative qui profitera certainement aussi à tous les autres métiers de la documentation parmi lesquels on compte les bibliothécaires cadres et professionnels, la réflexion des uns alimentant celle des autres, et il me fait plaisir, par le biais de ce billet d'y participer.

My Loan Duong,
MLS McGill

dimanche 18 avril 2010

Gazoullis et graffitis à l'honneur dans les grandes bibliothèques nationales

La Bibliothèque du Congrès acquiert toutes les archives Twitter

Les réseaux sociaux, twitter, facebook, blogs pour ne citer que ces outils, ont envahi et transformé le paysage de l'information sur la planète. Si certaines personnalités du monde de la communication, ici et là, à l'évidence, composent très mal avec la nouvelle réalité... qui donne un droit de parole (jusqu'ici réservé à l'élite) à n'importe quel citoyen, il semble que les administrateurs et les bibliothécaires de la prestigieuse Library of Congress n'ont pas la même crainte. Le 14 avril dernier, reprenant France Presse, dans la rubrique Technaute, CyberPresse nous apprend que « Tous les 'tweets' (ndlr: littéralement: gazouillis, en l'occurence les messages de 140 mots maximum échangés sur Twitter) ayant jamais été postés publiquement sur Twitter, depuis les débuts de Twitter en mars 2006, seront archivés électroniquement à la Bibliothèque du Congrès».

Sur le blogue de la Bibliothèque, Matt Raymond, un responsable de la bibliothèque, ajoute.«Cela fait BEAUCOUP de tweets, d'ailleurs: Twitter gère plus de 50 millions de tweets par jour, avec un total représentant plusieurs milliards», a précisé Matt Raymond, un responsable de la bibliothèque, sur le blogue. Voilà qui représente beaucoup d'ouvrages en perspective pour les catalogueurs et les spécialistes en traitement des ressources informationnelles.

Des gazouillis qui marquent un tournant historique non seulement en politique mais qui définissent une nouvelle façon de communication sociale et d'interaction humaines

Parce que, selon cet administrateur de la plus grande bibliothèque du monde, ces gazouillis ne viennent pas toujours de «placoteux» comme le pensent avec mépris certains nostalgiques de la machine à écrire et du monopole de la communication. Ces gazouillis peuvent contenir des messages qui marquent l'histoire de l'humanité comme celui de Barack Obama, le premier président noir de la plus grande puissance du monde, annonçant sa candidature à la présidence des États-Unis en 2008 et celui d'un des cofondateur de Twitter, Jack Dorsey.

La BNF: les graffitis de 1968 et les feuilles de choux de la Révolution française

Dans la même optique, pour commémorer les 40 ans de Mai 68, la BNF a présenté à ses visiteurs en 2008 une vaste et très courue exposition des tracts, des affiches, des photographies de slogans et les messages de graffitis récupérés sur les murs, des journaux, des caricatures, des dessins en regard des évènements de mai 68. L'exposition a lieu de juillet 2008 jusqu'en septembre 2008. Conservées grâce aux bons soins et au professionnalisme des bibliothécaires qui ont eu la bonne idée de rassembler ces «instantanés» d'une révolte d'étudiants idéalistes et pacifistes qui s'est répercutée dans la plupart des pays occidentaux et ébranlé bien des gouvernements.

L'opinion publique et les feuilles de choux

Et honneur aussi aux fameuses feuilles de choux (le terme remonte à l'époque de la Révolution française) pour désigner ces journaux populaires, ne comprenant parfois pas plus de deux pages, écrits et imprimés à la hâte, diffusés gratuitement dans les années qui ont précédé la Révolution française. Ces feuillets circulaient dans les rues comme des feuilles de choux et autres détritus qui trainent dans les rues. Quoi de mieux pour comprendre l'esprit et l'humeur d'une époque capitale dans l'histoire de l'humanité que ces fascicules sans prétention littéraire et ces témoignages spontanés dont l'écho, grâce au travail des bibliothécaires, se répercutent jusqu'à nos jour?

* Les journaux publiés par le club des Jacobins en sont un exemple.

lundi 8 mars 2010

Ce mois-ci : Google et les associations de bibliothèques , Linus contre le gouvernement du Québec

Amicus Brief for Google Book Search Settlement

Le juge Chin qui devra donner son avis dans le courant du mois sur l'entente conclue entre Google et les bibliothèques et déterminer si celle-ci est «raisonnable, juste et équitable» aura à fort à faire. Quelque soit l'issue qui sera prise en regard du programme de recherche des livres par Google, il y aura matière à appel à moins que la Cour Suprême accepte de se pencher sur la question et trancher ce noeud gordien. Ce qui, selon l'avis de plusieurs experts dans le domaine des droits d'auteur, est tout à fait improbable.

Sous le titre «March Madness and the Google Books Dispute», le
diagramme
présenté sur les options possibles dans le différend entre l'American Library Association, l'Association of Research Libraries et l'Association of College and Research Libraries regroupées sous le nom de Library Copyright Alliance et Google démontre, arborescence à l'appui, qu'aucune solution ne sera facile. Les répercussions se feront ressentir comme des ondes de choc dans toutes les sphères de la création, de la diffusion et de la distribution des oeuvres littéraires et artistiques. Jonathan Band et Tricia Donavan de l'Association of Research Libraries ne le cachent pas, d'après le diagramme, quelque soit l'issue du procès, les rebondissements semblent indiquer que rien ne sera tranché. La variété des scénarios explorés suite à l'une ou l'autre décision du juge est à l'image de la complexité du problème. Rien à voir avec les conclusions hâtives, démagogiques et simplistes de certaines personnes. Faites-le détour, ça vaut la peine.`

Les auteurs comparent d'ailleurs cet arborescence à celui des matchs de basketball entre les collèges du National Collegiate Athletic Association qui a lieu au mois de marsoù une seule décision touchant le choix d'un joueur peut avoir des répercusions sur toute la ligue et cela pour de longues années à venir. Les impacts de ce jugement seront tout aussi imprévisibles car nul ne peut présumer des effets à venir sur la chaîne de création, de diffusion, de distribution des ressources documentaires. D'autre part, ajoutent les auteurs du diagramme, aucune solution ne peut être envisagée définitivement car le Congrès peut aussi interférer en tout temps et brouiller les cartes en légiférant sur la juridiction qui touche l'un ou l'autre aspect du problème. Ce qui aura pour effet de compliquer davantage les choses et de rendre certaines hypothèses caduques. D'ailleurs, l'alliance ne prévoit pas de décison avant peut-être une ou deux années. En attendant Google qui ne dort jamais au gaz continue son petit bonhomme de chemin. Une entente entre Google et les bibliothèques nationales de Rome et Florence est en cours. Jusqu'à un million de vieux ouvrages libérés de droits d'auteur, conservés dans ces deux bibliothèques seront bientôt numérisés par Google et disponibles en ligne dont des ouvrages du célèbre physicien et astronome Gallilé pour le plus grand bonheur des lecteurs dans le monde pour lesquels ces oeuvres étaient inaccessibles auparavant.

À lire aussi dans Chronicle of Higher Education, l'article 29 janvier 2010, intitulé « Google Book Search Settlement 2.0: the Latest Scorecard » de Jennifer Howard et bien d'autres billets sur cette entente entre Google et les bibliothèques universitaires dont celui de Guy Laflèche, professeur titulaire au département des études françaises à propos de la lettre d'opinion la présidente de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec dans Corpo Clip et le Devoir en mars 2009 Un procès à suivre


Poursuite de Savoir-faire Linux contre la RRQ pour un contrat sans appel d'offres

Une occasion manquée de 750000$: « La RRQ n'avait jamais l'intention de voir ailleurs ni présenté aucune étude sérieuse démontrant que Microsoft était le seul fournisseur qualifié pour répondre à ce contrat » .Cyrille Béraud résumait ainsi les arguments de la Régie pour ne pas procéder à un appel d'offres : «On a des produits Microsoft, on aime Microsoft et on continue avec Microsoft...»

Un autre procès dont les implications vont sûrement avoir des impacts sur l'industrie des logiciels libres au Québec se tient cette semaine à Montréal. La Cour Supérieure du Québec ayant accepté d'entendre la cause de Savoir-faire Linux, une entreprises de logiciels libre conte la Régie des Rentes du Québec, le procès se poursuit vraisemblament jusqu'à la fin de la semaine, vendredi le 12 mars.

Voir aussi: « Le gouvernement du Québec, Microsoft et les logiciels libres »

mercredi 3 mars 2010

La Cour Suprême des États-Unis renverse une décision de la Cour d'appel de New York en faveur des pigistes

En mars 2009, la Cour suprême des E-U a accepté d'entendre l'appel porté par les propriétaires de bases de données en ligne et les éditeurs de journaux qui contestaient la plainte portée par les pigistes sur l'utilisation non autorisée du publications.

Hier, le 2 mars 2010, dans une décision unanime, la Cour Suprême des E-U invalide l'entente conclue en 2005 entre les fournisseur de bases de données, Elsevier's et LexisNexis ainsi que plusieurs grands propriétaires de journaux et d'éditeurs et les pigistes..

Suite à cette entente survenue en 2009, entente invalidée hier par la Cour Suprême, les pigistes auraient reçu une compensation de 18 millions dans un jugement de la Cour d'appel de New York concernant leur plainte pour l'utilisation non autorisée de leurs publications dans les journaux pour lesquels ils ont travaillé comme pigistespar les propriétaires de bases de données. Ils réclamaient un versement de compensation pour les citations de leurs écrits qui ont été repris par les fournisseurs de bases de données .

D'après Brent Kendall (Dow Jones Newswires; 202-862-9222; brent.kendall@dowjones.com.)dans le jugement rédigé par l'un des juges de la Cour Suprême, le juge Clarence Thomas, la Cour Suprême ne commente pas le bien fondé de l'entente. La décision ne dit pas non plus si le juge de la cour d'appel avait raison de prendre cause pour la plainte des pigistes concernant l'utilisation non autorisée de leur publications.

La partie défenderesse comprend le consortium de presse News Corporation qui détient les publications écrites et en ligne WS, NWSA, NWS.AU, l'éditeur en ligne Dow Jones & Co., des diffuseurs de nouvelles et de journaux dont Thomson Reuters Corp. et (TRI), New York Times Co. (New York Times), les fournisseurs de bases de données en ligne Reed Elsevier's (RUK, REL.LN) et LexisNexis.

Une brèche dans les droits d'auteur ou une ouverture plus large à l'accès aux ressources informationnelles dans le nouvel environnement numérique? Les avis sont partagés. Ce qui est certain, c'est que ce jugement de la Cour Suprême des É-U , fera jurisprudence et définira encore un peu mieux à l'avenir les droits de citations des oeuvres publiées et encadrera mieux les droit d'auteur de même que les droits d'utilisation des ressources informationnelles, commanditées ou non, par les organismes de communication et d'information.

à lire aussi : Supreme Court to Revisit a Case on Breach of Copyright
Supreme Court reinstates a settlement between Freelancers ans Publishers

vendredi 11 décembre 2009

Facebook: aux internautes de prendre leurs précautions

Pour permettre à ses utilisateurs de gérer les informations qu'ils publient , Facebook a mis un nouveau dispositif a raffiné le moyen mis en place pour protéger le niveau de confidentialité de leurs publications.

Dorénavvant les quelque 350 millions d'utilisateurs de ce réseau de socilaisation pourront redéfinir eux-mêmes leurs paramètres de sécurité en détermiant spécifiquement le type de contenu (images, vidéos...) qu'ils veulent protéger.

«L'idée est de «permettre aux utilisateurs de mieux contrôler avec qui ils partagent» ces informations, a indiqué à l'AFP le vice-président de Facebook chargé de la communication, Elliot Schrage qui ajoute « en triant les informations partagées en fonction de leurs contacts, l'utilisateur sera plus à même de protéger ses informations personnelles et éviter ainsi que des détails sur sa vie privée soient connus par des milliers d'autres internautes.»

Doit-on demander aussi Facebook de tirer les volets de votre chambre à coucher?
N'empêche que ces nouveuax dispositifs ne font pas encore le bonheur de tous. Certains utilsateurs trouvent que Facebook se «déresponsabilise» en laissant les utilisateurs paramètrer eux-même leuts informations qu'ils publient !!. Or, soulignait le quotidien The Washington Post jeudi, «le problème est que la plupart des gens ne prennent pas le temps de configurer ce genre de paramètres.»
Je fais suivre ici deux commentaires particulièrement éclairants sur le problème qui fait suite à l'article intitulé La nouvelle politique de confidentialité de Facebook crée la polémique publié par RelaxNews du 10 decembre repris dans Internaure- Cyberpresse du 10 decembre 2009

Sous le titre La nouvelle politique de confidentialité de facebook crée la polémique, l'article parle des nouveux moyens mis en oeuvre par Facebook pour aider lses utilisateurs à protéger leurs informations. En voici une qui m'apparait le mieux résumer le problème ou l'abscence de r problème:
« Je ne vois honnêtement pas où est la polémique. J'ai pris 5 min pour ajuster les paramètres, et voila... il est ou au juste le problème ? de sgtpepper,
11 décembre 2009 à 09h30 ».

jeudi 3 décembre 2009

Murdoch et Google

Les jérémiades du magnat des médias australien Rupert Murdoch ont réussi à attendrir le coeur d'acier de Google. Avec la baisse des revenus publicitaires et le libre accès menace la «survie» du journalisme, les journaux en arrachent. Google va dorénavant donner plus de contrôle aux médias qui font l'objet de ses sources de référence. «Nous avons décidé de permettre aux éditeurs de limiter le nombre d'accès gratuits (...) à cinq accès par internaute et par jour», a expliqué un responsable de Google à Zurich, John Mueller, sur un blogue officiel du groupe internet, cité par Agence Presse, 2 décembre 2009

Tout en voulant « aider les médias à faire en sorte que leurs contenus soient accessibles à un large groupe de lecteurs» grâce aux moteurs de recherche, M. Mueller sur le blogue «Google Webmaster Central» reconnait que l'entreprise est conscient «du fait que créer du contenu de qualité n'est pas facile et souvent cher».

Cette politique s'applique automatiquement aux articles référencés dans son moteur de recherche généraliste, et chaque éditeur aura le choix d'en bénéficier ou de s'y soustraire pour ses articles référencés sur Google News.
«Nous sommes ravis d'aider les médias à faire en sorte que leurs contenus soient accessibles à un large groupe de lecteurs» grâce aux moteurs de recherche écrit John Mueller sur le blogue «Google Webmaster Central» qui reconnait aussi que « créer du contenu de qualité n'est pas facile et souvent cher».

Les médias référencés dans les pages «Google News» et par le moteur de recherche généraliste, sont concernés par cette mesure. Google assure tout de même l'accès gratuit au titre et aux premiers paragraphes de tous les articles qu'il référence, en précisant si leur consultation intégrale est payante ou non, en promettant de travailler à trouver des solutions pour concilier les intérêts des éditeurs et les tenants de la gratuité.

UNESCO et Google : entente de partenariat conclue

L'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture a annoncé que dorénavant les internautes pourront visiter en ligne 19 des 890 sites naturels ou architecturaux du Patrimoine mondial. Le Palais de Versailles en France, le centre historique de Prague en République tchèque ou la vieille ville de Cáceres en Espagne sont les premiers sites qui pourront être visités gratuitement par les internautes qui pourront avoir accès dans le futur aux cartes, aux textes et aux images et vidéos relatifs à la liste des réserves de biosphère, à celle du patrimoine documentaire inscrit sur le registre Mémoire du Monde, ou des langues en péril. Les sites difficiles d'accès seront photographiés et mis en ligne

Google et les universités

Autre pays, autres moeurs. Les universités américaines travaillent ensemble avec Google pour créer des outils de recherche plus performant pour passer à travers les textes intégraux des livres nyumérisés par le serveur
Cet article paru dans un des derniers numéros du Chronique of Higher Education (November 18, 2009) méritent qu'on s'y attarde. Dans la rubrique Wired Campusous le titre «Universities Add Their Own Search of Google Books», Jeff Young mentionne que les bibliothèques universitaires qui ont travaillé avec le géant pour la numérisation des documents ont développé des outils de recherche permettant d'ajouter d,'autres caractéristiques et daméliorer l'indexation des titres numérisés par Google.

Selon John P. Wilkin, bibliothécaire de l'université de Michigan à Ann Arborqui dirige le groupe HathiTrust Digital Library. « The tool has a few features that Google lacks. The killer app: HathiTrust's search lists every page that contains a user's search term, while Google's might return a partial list» qui ajoute: «That's a small amenity, but I think you'll you'll see us continue to devote energy to that sort of tool»

L'article est intéressant et les commentaires que je vous invite à lire tout autant
En voici deux tirés parmi d'autres qui reflètent deux positions différentes:

«_fevens - November 19, 2009 at 06:08 am

My work "Fevens, a family history" was digitized by the University of Wisconsin in partnership with Google without my permission or consent. As the university is a member of the Hathi Trust a digital copy was deposited with them. Since I consider the digitization of my book by Google & Company (i.e. The University of Wisconsin) an illegal act under U.S. and international law I insisted that the Hathi Trust destroy all of the products they received from the university as a product of the digitization of my book. The digitization of books holds the enormous promise of bringing more works to more people,however, Google & Company's appropriation of in-copyright works is wrong, and I believe illegal. It is unfortunate that the Hathi Trust holds in their library these illicit volumes.
Douglas Fevens
Halifax, Nova Scotia
The University of Wisconsin, Google, & Me

3. mbelvadi - November 19, 2009 at 07:01 am

Mr. Fevens, you seem unaware that American copyright law has an exception to the requirement of obtaining permission, called "Fair Use". Many people consider Google's scanning of copyrighted materials for search purposes to fall within that exception, and hence is perfectly legal. Many copyright holders who don't like the Google Books project wish that Fair Use didn't exist, but it does, and it is a much stronger exception than "Fair Dealing" is in Canada.»

mercredi 2 décembre 2009

Des nouvelles de VICE/VERSA

Un peu plus d'un an après avoir tenu, avec succès, ses premières Assises à Montréal, en Août 2008 où ont participé plus deux cents bibliothécaires et documentalistes de plus d'une dizaine de pays dont les États-Unis, l'Association internationale francophone des bibliothécaires et documentalistes (l'AIFBD)a passé aux actes et développe ses activités.
Lors du deuxième congrès annuel qui s'est tenu cette fois en Italie, à Milan, le 15 août dernier, outre les membres fondateurs dont Réjean Savard, professuer titulaire à l'École des sciences de l'information de l'Université de Montréal, Pascal Sanz de la Bibliothèque nationale de France, de Jacques Hellemans de l'Université libre de Bruxelles auxquels se sont ajoutés des professionnels de la Tunisie, de la Suisse et du Gabon. L'AIFBD poursuit ses objectifs de soutien et de réseautage énoncés lors du premier congrès en 2008 pour développer des partenariats entre les bibliothèques des pays francophones notamment avec les pays francophones du Sud. Dans un premier temps, des bourses ont été octroyées aux professionnels des pays du Sud pour leur permettre d'assister au Congrès de l'Ifla qui s'est tenu cette année à Milan. D'autre part l'Association s'est engagée aussi à donner suite au programme VICE/VERSA lancé par les bibliothécaires Catherine Bernier, Catherine Fournier de l'Université de Montréal et Pascale Grenier de la BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec) par des actions concrètes afin de promouvoir les échanges de professionnels entre les pays francophones et d'encourager la construction de canaux d'échange et de partage avec les pays lointains du Sud.

L’AIFBD a procédé récemment au lancement des Actes du premier congrès de Montréal à l’occasion de son assemblée générale tenue à Milan en marge du congrès de l’IFLA. Une version PDF est disponible gratuitement pour les membres en règle (ACTESAIFBD.pdf) et quelques copies papier sont encore disponibles au prix de 30 euros ou de 40$ canadiens, plus les frais de port. Les bons de commande sont disponibles sur le site AIFBD.
À lire: Actes du premier congrès de l'AIFBD, août 2008 .

lundi 26 octobre 2009

Militer pour le logiciel libre

Au Québec, on est encore au stade du militantisme quand il s'agit de l'utilisation du logiciel libre, Pierre Asselin dans Le Soleil du 26 octobre 2009 fait le constat suivant: les villes de Nanaimo, Toronto, Washington D.C., San Francisco et plus récemment Vancouver n'en sont plus à l'étape des intentions. ». Alors qu'ici, les citoyens sont encore à demander aux élus de «privilégier les logiciels libres et les standards ouverts lors des appels d'offres et du renouvellement des logiciels» les administrations de ces villes «ont adopté des open motion par lesquelles elles s'engagent à rendre leurs banques de données accessibles aux citoyens partout où c'est possible, à adopter des standards ouverts et à utiliser des logiciels libres de droit.»

Ce retard au Québec a des impacts sur la démocratie participative et le président de l'Association pour l'appropriation collective de l'informatique libre (FACIL), Cyrille Béraud « réclame ni plus ni moins un engagement similaire des candidats aux élections de Québec.» Ajoutant que le recours aux standards ouverts et l'accès des données au public permmettent une gestion plus transparente, il ajoute que: «dans un contexte de crise économique où la question de privilégier l'achat local revient sans cesse, nous voulons rappeler que l'utilisation du logiciel libre crée des emplois localement et renforce la compétitivité des entreprises québécoises»

lundi 28 septembre 2009

«Google offre un meilleur service de référence que les bibliothèques»

La dématérialisation des ressources de l'information et des connaissances et la pénétration du numérique dans les métiers de la documentation provoquent la crainte dans certains milieux de l'édition, de la documentation et de l'information. Nous en avons lu quelques-uns ces derniers temps. Ce que les auteurs de ces discours semblent ignorer c'est que les publications en ligne, le «peer-to peer» , les blogs, les widgets, les réseaux sociaux d'échange et l'apparition généralisée à l'échelle mondiale du WEB dans la vie de travail comme dans la vie de tous les jours ont touché les principes de base de l'accès à l'information. Les sources d'informations et les ressources informationnelles sont devenues potentiellement plus accessibles et plus disponibles. À l'échelle planétaire, s'est créé un contexte où la recherche collaborative d'informations est devenue une activité redécouverte, mieux maîtrisée et où la dimension collaborative est plus que jamais mise à l'avant.

Il y a une décennie encore, les principales préoccupations des adminitratiions portaient sur les équipements ( postes de travail, cablage) et l'infrastructure techmnologique liée au réseauz (serveurs, débits des réseaux). De nos jours, les organisations et les institutions sont concernées par les usages et les usagers qui remettent en question les notions d'utilité et d'usabilité. Force est de constater que les organsiations et les institutions doivent désormais se pencher dans le sens de l'intérêt et des attentes des usagers et la pertinence et la conviviabilité sont devenus maintenant les normes qui définissent un bon moteur de recherche. Bref, l'environnement virtuel avec l'importante percée de la numérisation intégrale et la disponibilité des technologies, la simplification des outils de communication, a crée un contexte où l'activité de recherche est de plus en plus individualisée et les usagers et les chercheurs plus en plus aguerris et autonomes.

Dorénavant, les bonnes administrations sont celles qui réussissent autant à développer des programmes, des outils, des ressources, des partenariats, des expertises qu'à créer un environnement propice à l'activité de recherche collaborative de l'information.

Suite à mes billets sur le programme de numérisation des livres de Google, j'ai reçu de nombreux commentaires des lecteurs de mon blog. Des commentaires sont postés à la suite de mes articles ( Salieri contre Mozart et Ni Cigale, nifourmi, juste Google et les autres), d'autres sont adressés à mon adresse de courriel. Plusieurs proviennent de grands utilisateurs de bibliothèques québécoises et de fins connaisseurs des enjeux du numérique. Leurs réflexions, par leur pertinence et leur acuité, méritent notre attention en tant que bibliothécaires et gestionnaires de ressources d'informations. En voici quelques extraits**:

« Dans tous les changements qui touchent les bibliothèques, je me demande parfois si elles comprennent encore leur vrai rôle... La question de la numérisation occupe trop toutes les réflexions: c'est une technique pour faire une copie des documents qui existent et sont déjà conservés, archivés. Cette technique est de plus en plus parfaitement maîtrisée et de moins en moins cher, comme le montre Google, même si des problèmes d'archivage demeurent. Mais justement, est-ce que le rôle fondamental des bibliothèques est d'être responsable de la numérisation ou de développer de nouveaux systèmes d'indexation, de catalogage, de description des contenus?
Les bibliothèques sont encore pris dans une culture du "document", il n'y qu'à voir que sur tous les champs qui servent à décrire un livre, un seul (celui des mots-clés) sert à décrire le contenu, et aussi la cote, mais d'une façon extrêment générale. Pourtant, le problème fondamental aujourd'hui, c'est bien celui de l'analyse du et des contenus: la recherche plein texte ouvre un univers totalement différent pour la recherche et permet de lier les contenus et les informations.»

Cette réflexion concerne directement les bibliothécaires:

«Ce qui est troublant, ce n'est pas Google numérise plus, plus vite, et moins cher et offre même de meilleurs modes de visualisation, c'est que tout en étant un moteur de recherche généraliste, qui cherche dans tout le web, Google est meilleur même pour chercher dans le contenu des livres et des imprimés. Ça, c'est extrêmement troublant pour l'avenir intellectuel des bibliothécaires. Google offre souvent un meilleur service de référence que les bibliothèques.

Je ne comprends pas que les bibliothèques du monde (et ce sont de très importantes institutions qui ont 400 ans d'expérience) ne soient pas à l'avant-garde dans le développement de moteur de recherche avancé,sémantique, dans la recherche des corpus textuels. Les biblios ont une expérience dans l'analyse des contenus, mais elles ne semblent pas s'en rendre compte et fonder sur ce point leur avenir et leur veloppement.»

Sur la BAnQ:

«BAnQ et bien d'autres BN numérisent en mode image mais n'auraient pas les budgets pour faire l'ocr, alors que Google pourrait le faire GRATUITEMENT si elles mettaient leurs collections de pdf accessibles à ses "spiders". Par exemple, je ne sais plus si je vous en parlé, mais dans la recherche avancée de Google, si vous indiquez de chercher uniquement dans le domaine "http://bibnum2.banq.qc.ca/". Vous obtiendrez les occurrences de l'expression cherchée dans les Collections numériques de BANQ, sans que cela ait coûté un seul $ à BANQ!!!

Et BANQ ne l'offre pas sur son site? Cependant, elle offre des index des titres, des auteurs, de certains sujets: cela est vraiment sa tâche, ce type de travail minutieux de description du contenu.

C'est en ce sens, qu'à mon avis, les BN devraient aller: abandonner la numérisation brute à Google, et offrir une plus-value intellectuelle,"sémantique" pour aller au-delà des résultats élmentaires de Google.

La tâche de BAnQ devrait de devenir la spécialiste de la référence québécoise dans l'ensemble des ressources numériques du monde! Library of Congress a mis en ligne des milliers de vieux journaux américains en ligne: une fabuleuse collection où on trouve des dizaines de milliers de "French Canadians": bien ,ça devrait être BAnQ qui les trouve, les classe, les identifie, les "catalogue" et les inclut dans les ressources documentaires sur le Québec et le Canada français. Ça Google ne le fera jamais! Et si Banq ne le fait pas, bien , personne, ne le fera non plus...»

Comme quoi, même si Google numérisait tous les milliards de documents dans le monde, les bibliothécaires du Québec auront amplement encore du pain sur la planche!!!

* Lu récemment sur le blog Bibliothèques=Public : Bibliothèques=Public ces propos: «Quand à mon lecteur qui n'avait pas d'ordinateur personnel et qui souhaitait consulter le livre Une approche de la problématique de l'identité : le Maghreb arabe contemporain de Mohamed Salah Hermassi (2004), la meilleure solution que j'ai eu à lui proposer, paradoxe des paradoxes, c'est de consulter les larges extrait du livre disponibles sur Google Books !!!...»
** J'ai cité intégralement les propos à partir des courriels qui m'étaient adressés. Comme nous le savons tous, les écrits rédigés dans le contexte de la messagerie électronique comportent des fautes d'innattention et autres erreurs mineures. Pour assurer l'intégrité des extraits , je les ai reproduit tels quels.

Google et la société de l'information ou la fin du monopole du public sur l'accès à l'information?

La crainte qu'un organisme, qu'il soit public ou privé, détienne le monopole dans un domaine aussi sensible et aussi fondamental pour l'avancement des sociétés et la démocratie que celui de l'accès à l'information est tout à fait légitime. Il est normal que tous, en tant que citoyens de sociétés démocratiques, nous soyons concernés par la numérisation des ouvrages épuisés par Google. Les questions de droits d'ateur, de droits de diffusion et de propriété intellectuelle et de liberté d'accès à l'information et au savoir nous concernent en tant que citoyens et encore plus en tant que passeurs de culture, bibliothécaires et professeurs. Je suis certaine que les bibliothécaires et directeurs de bibliothèques qui ont accepté de faire numériser les titres épuisés par Google sont certainement conscients de l'enjeu de tout cela. C'est donc tout à leur honneur que d'avoir su privilègier cette valeur fondamentale chère à toute société démocratique qu'est l'accès au savoir et à la culture. Alors que plusieurs se drapent sous le couvert d'un nationalisme étriqué pour cacher leurs intérêts corporatistes, ces administrateurs ont affronté les critiques et oser conclure une entente avec Google.

L'entente est perfectible, on en convient. C'est notre devoir à tous, ewn tant que citoyens, bibliothécaires, administrateurs, juristes de travailler ensemble pour établir les fondements Tous les régimes politiques sont pas démocratiques et toutes les administrateurs ne sont pas neutres.

J'ai eu l'occasion de visiter plusieurs pays émergents ou en développement au cours des derniers mois et les bibliothécaires de bibliothèques nationales ou universitaires de certains de ces institutions ont eu l'aimabilité de me faire visiter leurs collections et m'ont fait part de leurs prépccupations. Celles qui reviennent les plus fréquemment concernent la pérennisation et la diffusion du savoir emmaganisé. Des pans entiers du savoir de certains peuples et de la culture de certaines sociétés risquent de disparaitre dues aux conditions non adéquates de conservation et au vieillissement des matéraux. Évidemment, la réalité politique des ces pays diffèrent de celle des pays occidentaux. Mais j'ai pu constater aussi que tous les bibliothécaires qui sont avant tout aussi des administrateurs des services publics, ne sont pas confortables avec l'idée de faire numériser leurs fonds par des organismes privés pour les raisons faciles à deviner pour ceux qui connaissent un peu les sociétés où la circulation libre de l'information n'est pas acquise. La perte de contrôle sur le contenu et le fait que l'accès à l'information puissent être ouverts à tous, pouvant faire perdre des prérogatives parfois peu méritées à certains, tous pour des raisons contraires et moinss nobles que celles Robert Darnton, ne sont pas chauds à l'idée d'ouvrir leurs collections au grand public. Est-il nécessaire de rappeler cette vérité première? Malgré tout, pour quelques bibliothcaires «courageux» de ces insstitutions, la solution Google est celle qui pourrait les sauver du naufrage de la mémoire.

Si le monople de la numérisation des ouvrages par Google est à craindre, il est tout aussi aberrant de voir que l'accès et la diffusion du savoir et de l'information soit tributaire de la décision d'une poignée d'administrateurs de services publics. Les ouvrages des titres épuisés conservés dans les sous sols des bibliothèques, les archives et les documents non disponibles parce que trop fragiles pour la consultation sont des ressources mal exploitées inexploitées si elles ne servent qu'à une poignée de personnes qui peuvent pour des raisons de proximité ou de statut y avoir accès. N'oublions pas un fait: depuis des centenaires, dans la plupart des oays dans le monde, ce sont les bibliothèques qui ont le monopole de la conservation et de la diffusion des ressources acquises avec l'argent des contribuables. L'arrivée du numérique et de Google dans le paysage informationnel depuis les dix dernières années a ébranlé ce bastion. En numérisant les titres non disponibles, l'accès aux ressources détenues par des bibliothèques est désormais accessible à un plus vaste bassin de la population. À l'ère de l'immatériel, le monopole de la conservation et diffusion des ressources n'appartient plus aux bibliothèques. Et il y a lieu de s'en réjouir.

Car nous vivons dans des sociétés où la concurrence est permise et devrait même être encouragée, n'est ce pas? Dans le milieu de l'information, de la culture et du savoir, l'intérêt de la population, c'est à dire l'intérêt public, réside dans le partage de la connaissance . Pour que ce partage soit le plus équitable possible, l'information doit être desservie par le secteur public et le secteur privé. Il est à souhaiter que d'autres organismes, publics et privés participent à l'immense tâche de mieux exploiter ses richesses produites par l'humanité. Aux citoyens d'y veiller et à eux le dernier mot.

D'autre part, pour reprendre M. Darnton, justement, (on peut parfois se contredire, n'est ce pas?) aucun organisme (en l'occurrence Google ou les bibliothèques ) n'est «invulnérable à toute sorte de concurrence».

My Loan Duong,
MLS McGill

jeudi 16 avril 2009

Résumé ... trop sommaire ou Salieri contre Mozart (suite du billet Ni cigale ni fourmi...)



Mozart, de son vivant, avait un rival à la cour, Salieri, qui faisait de la bonne musique mais qui n'arrivait pas à la cheville du génie. Salieri, qui était maître de Chapelle, était le favori de l'empereur, contrairement à Mozart moins apprécié . «Trop de notes» disait l'empereur d'Autriche Joseph ll à propos de certaines oeuvres de Mozart, alors que le public et la population en général faisait un triomphe des créations du virtuose. Mais Salieri, lui, savait que son rival était un génie et que malgré l'amitié de l'empereur, il ne pourrait jamais l'égaler. Cela ne l'empêchait pas de dénigrer ce dernier tout le long de sa vie (ce qui n'était pas trop difficile, Mozart avait des symptômes de ce qu'on pense être de nos jours ceux de la maladie de la Tourette, ce qui le rendait socialement moins acceptable) ...tout en rêvant jusqu'à sa mort de posséder une toute petite parcelle de l'immense talent de son rival.

Dans son éditorial Google, les bibliothèques et la revanche de la cigale sur la fourmi publié dans le bulletin Corpoclip (n.178,janvier-avril 2009) Guylaine Beaudry a résumé en quatre points le programme de numérisation des ouvrages des bibliothèques par Google et l'entente adoptée entre les bibliothèques mandataires:

« 1- les bibliothèques prêtent gracieusement à Google leurs collections pour qu’elles soient numérisées, selon une entente non exclusive. 2- les fichiers appartiennent à Google mais peuvent être utilisés de façon plutôt contraignante par les bibliothèques. 3- Google vend l'accès à ces collections aux individus et aux bibliothèques. 4- Google, les auteurs et les éditeurs se partagent les recettes des ventes. »

En réponse à ce résumé trop sommaire, je dirais:

1. L'entente étant NON exclusive, les bibliothèques gardent leurs droits sur l'exemplaire qu'elles détiennent. Elles peuvent donc éventuellement disposer du fichier et en donner l'accès sur un autre serveur si cela représente une option plus rentable ou avantageux pour elles ou pour les auteurs ou leurs représentants. Où se situe le «vol» de Google sur les ressources? Dans son article Google vs the libraries, Alex Beam indique que des bibliothèques comme celles de l'état de California collaborent non seulement avec Google mais considèrent aussi d'autres alternatives pour donner l'accès le plus large possible aux ressources qu'elles disposent.

2. Les fichiers numérisés par Google sont considérés comme des exemplaires déposés dans la base. A l'instar des ouvrages imprimés acquis par les bibliothèques, la consultation est en effet réservée aux usagers ou abonnés de la base, de la même façon que les usagers qui ont accès aux locaux de l'institution peuvent consulter les ressources classées dans la bibliothèque. Et comme certains documents dans les bibliothèques, pour des questions de rareté ou de fragilité, ceux-ci ne sont consultables que sur place et le droit de consultation est restreint ou même réservé à un certain groupe d'usagers cependant. Ne loue-t-on pas des best sellers achetés sur les fonds publics dans certaines bibliothèques publiques? Dans l'univers numérique, les usagers qui veulent consulter la copie numérisée déposée dans une base doit, et c'est tout à fait normal, doivent demander l'accès au serveur qui détient le fichier numérique.

3. Faux! Google ne vend pas l’accès à ces collections aux individus et aux bibliothèques: Google impose des frais à ceux qui consultent les fichiers qui sont dans sa base. Cette consultation en ligne équivaut absolument à la consultation d'un ouvrage imprimé conservé dans une institution ou tout autre article ou document fourni par une base de données à laquelle l'institution ou l'usager est abonné. Autre point très important pour ceux qui croient à la valeur économique du savoir: ce faisant Google relance les livres épuisés et donne l'occasion aux auteurs et aux éditeurs de de ressuciter les livres en perdition.

4. Sur le mode de persiflage, Mme Beaudry parle des «largesses» de Google. Elle oublie que Google ne détient que le fichier numérisé du livre et non les droits sur le document qui appartiennent toujours à l'auteur ou son représentant dans les cas où ces droits sont encore valides. Comme propriétaire du fichier de l'exemplaire numérisé, il doit le diffuser sur son serveur seulement via les terminaux qu'il dépose dans la ou les institutions qui lui ont permis de numériser l'exemplaire. Il doit respecter aussi les droits d'auteur en ce qui concerne la reproduction des parties de l'ouvrage par les lecteurs. En tant que dépositaire du fichier numérisé, il doit collecter et remettre des redevances sur les impressions qui sont faites au Registre des droits sur les livres. Google affiche à l'écran seulement au maximum 20% des pages d'un livre sous droits et les profits étant partagés entre la compagnie et les auteurs et leurs éditeurs.Google a payé 34,5 millions de dollars US pour créer et gérer un Registre des droits sur les livres* (Books Rights Regystry) qui collecte les revenus de Google pour les redistribuer aux détenteurs de copyright.

Google dans la cour des bibliothèques ?

Cela peut déplaire certains de voir Google venir jouer dans leur cour. Mais la peur est parfois mauvaise conseillère. La gestionnaire qui a émis ces propos est motivée probablement par les meilleures intentions du monde dont celle, entre autres de protéger la fonction «noble» de bibliothécaire. Mais l'esprit corporatiste a ses limites. Si des bibliothèques se sont adressées à Google pour numériser leurs ouvrages, c'est parce qu'elles estiment que cela vaut mieux que de laisser leurs ressources moisir sans lecteur dans leurs sous-sols.

Recourir à la soustraitance est d'ailleurs une pratique assez monnaie courante dans le milieu des bibliothèques. Qu'il s'agisse de catalogage rétrospectif, de mises à jour de gros lots non traités, les bibliothèques ont recours à des organismes extérieurs pour rattraper des retards et faire face à leur manques de ressources. Et n'oublions pas non plus que les bliothèques ne sont pas toutes publiques. Des collections prestigieuses ont été mises sur pied au fil des siècles par des mécènes et des érudits dans des sociétés occidentales et orientales. Et, aussi rappelons-le, dans l'histoire de l'humanité, les bibliothèques privées ont existé bien avant les bibliothèques publiques.

Faire numériser gratuitement les exemplaires de livres par Google permet aux bibliothèques de mettre en valeur leus fonds tout en offrant leur accès au public. D'autre part, les budgets des bibliothèques qu'elles soient publiques, universitaires ou nationales ne leur permettent pas de défrayer les coûts énormes d'une numérisation à l'échelle de Google. La Bibliothèque du Congrès a pu numériser ces ressources patrimoniales grâce à un don de Microsoft de plusieurs dizaines de millions de dollars*. En outre, la plupart des bibliothèques, même dans les sociétés riches, peinent et n'arrivent même pas à se tenir à flot avec les budgets qui rétrécissent. Les bibliothèques universitaires francophones au Québec, par exemple, ont un énorme retard à rattraper en termes d'infrastructure. Les systèmes intégrés de gestion documentaire, les catalogues, les outils de gestion des postes publics, les logiciels utilisés pour gérer les technologies Internet qui datent des débuts des années 2000, sont en retard d'une génération. L'intégration des différents systèmes et des applications est loin d'être faite.

L'idéal serait que tous les exemplaires d'une bibliothèque soient numérisés par celle-ci ou en consortium avec d'autres travaillant dans le même environnement. Par exemple, les bibliothèques universitaires francophones au Quécbec pourraient s'unir et numériser des fonds qu'elles peuvent rendre accessibles aux clientèles de leurs universités. Après tout, elles sont toutes subventionnées par les mêmes fonds publics non? Mais il demeure que quoiqu'il en soit, la mission des bibliothèques reste inchangée: celle consiste à organiser les connaissances et en faciliter l'accès au plus grand nombre de gens possible à l'information et au savoir. Dans le nouvel environnement du livre, l'organisation, la gestion, la diffusion du savoir passent dorénavant par l'accès en ligne. Combien de fonds culturels ont été détruits au cours des siècles par la censure et les ravages des guerres et des désatres naturels ? Combien de contenus ont été oblitérés complètement de la mémoire humaine faute de lecteur? On parle de valeur «économique» de l'oeuvre. Google paie aux détenteurs des droits du livre et 63% des revenus générés par les annonces inclues sur les pages d'aperçu, sur les pages web du livre numérisé ainsi que les renseignements bibliographiques et les résultats de recherche effectués dans le livre.(p.17 de Réglement).

L'esprit de la requête d'avis de la Cour
L'article d'Andrew Albanese dans Library Journal du 26 février 2009 sous le titre Library Organizations To File Amicus Brief in Google Book Search Settlement dit explicitement: aux bibliothèques maintenant de revoir leurs rôles et de s'adapter aux nouvelles règles imposées par le numérique.
À propos de la requête d'avis de la Cour concernant l'accord sur le programme Google Book Search par les trois organismes leaders dans le domaine de l'information et des bibliothèques aux États-Unis dont l'American Library Association (ALA), l'Association of Research Libraries (ARL)et l'Association of College and Research Libraries (ACRL), Prue Adlerle, directeur général de l'ARL , mentionne que la communauté des bibliothèques n'est pas contre l'entente («the library community will not object to or urge rejection of the settlement, but would file a thoughtful brief that urges the court to address library concerns»). La requête d'avis à la Cour déposée par les trois associations de bibliothèques aux É-U, vise davantage à faire part des préoccupations des associations en regard des droits d'auteur et du mode de diffusion des ressources numérisées qu'à contester l'entente. Elle est utile en ce sens qu'elle permet de clarifier la position de chacun et mettre à jour les principes régissant l'accès et la diffusion des ressources numériques, ainsi que le partage équitable des revenus générés par l'exploitation des fichiers numérisés. Pour James Grimmelman, professeur en droit du New York University, un expert en droit de propriété intellectuelle dans l'univers numérique qui a étudié l'accord, cette requête en soi ne serait même pas pertinente car les bibliothèques ne sont pas « parties prenantes » dans l'accord :«Since libraries are not class members, [...] filing an objection isn’t “necessarily the right way to raise the issues [libraries] care about.». Il concède qu'elle est néanmoins utile car elle permet de clarifier les enjeux sur la question entre «amis». D'autre part, pour ces experts,même avec des amendements, nul doute que l'accord des bibliothèques avec Google fera jurispudence

La redistribution des cartes avec l'entrée du WEB 2.0

L'univers du livre s'est transformé avec la dématérialisation du document. En venant jouer dans la cour des bibliothèques. Google a bousculé certaines règles du jeu,comme le WEB 2.0 l'a fait en redistribuant les cartes aux usagers, et on comprend que la plupart des administrateurs de bibliothèques n'aiment pas perdre leurs pouvoirs et leurs prérogatives de continuer de décider ce qui est bon ou pas pour le public ;-). Or l'enjeu réside dans la redéfinition des nouvelles règles du jeu introduites par le nouvel ordre économique défini par l'environnement numérique et non dans les combats d'arrière garde comme ceux qu'essaient de mener la prtésidente de la Corpo et quelques autres administrateurs de bibliothèques..

Le Web 2.0 et les technologies de l'information et des communications ont changé le paysage des bibliothèques. Le monde est devenu un immense village globalisé et les bibliothèques comme « passeurs de culture » sont les premières bénéficaires de la numérisation des fonds grâce à la libération des accès, en dépit des risques énormes que cela peut impliquer pour elles en termes de perte de monopole, ce que craignent les administrateurs des services publics. Car: «[Libraries will] be key beneficiaries of the settlement, but they also recognize the enormous risk that the settlement could pose to access going forward». Mais si elles savent s'en tenir à leur mission fondamentale qui est celle de donner l'accès de leurs fonds au plus grand nombre de personnes possible et mettre l'intérêt du public au delà d'autres considérations, alors elles seront, et la société civile avec elles, gagnantes: « That, combined with their public-interest mission, their engagement with huge sections of the population, their historical attentiveness to these issues, and their profound commitment to intellectual freedom, makes them one of the best voices for the public interest that could be imagined here.» Bref, les bibliothèques ont tout à gagner en permettant la numérisation et la diffusion de leurs avoirs. Les préoccupations du milieu des bibliothèques doivent porter avant tout sur les enjeux comme l'accès à l'information, la protection de la vie privée et la liberté d'expression.

Comme toujours, les changements sociaux précèdent les lois qui, souvent ne font qu'entériner en quelque sorte les pratiques déjà en vigueur. Les impacts de la révolution du numérique qui sont en train de transformer de fonds en comble les modes de production, le modèle d'affaire des institutions et des entreprises ainsi que les façons de penser et de vivre des habitants de cette planète sont aussi grands que les changements provoqués par la transition de la société rurale à la société urbaine au début du 20 è siècle. L'internet ...et Google ont bouleversé les modes de vie, les modes de communication, de gestion, les façons de travailler, de communiquer et bien sûr celles de transmettre le savoir et l'information. Tellement vite que les bibliothèques ont du mal à suivre. Mais les usagers en demandent et ils ont raison. Ils s'étonnent qu'en cette ère d'accès en ligne, de larges pans des collections ne sont pas encore accessibles. Maintenant, à tous, législateurs, administrateurs de bibliothèques, éditeurs, diffuseurs de travailler ensemble pour nul ne soit lèsé dans le partage et la diffusion du bien commun qu'est le savoir et la culture. La moralité ou l'immoralité ne vient pas du fait que Google diffuse avec certaines restrictions les fichiers des oeuvres que des bibliothèques lui ont permis de numériser. Ce qui n'est pas moral c'est que des bibliothèques laissent dormir des fonds qu'elles ont acquises grâce à l'argent et à la générosité des états et des populations sans essayer de trouver et d'utiliser tous les moyens pour les mettre à la disposition du public. Les oeuvres orphelines ** dont regorgent les bibliothèques méritent d'être connues et divulguées. Attention, Google va s'en occuper aussi!

Salieri contre Mozart

Les réalisations des bibliothèques sont immenses au cours des siècles grâce aux fourmis qui travaillent dans les biubliothèques mais Google n'est pas la cigale qui ne faisait que chanter. Le débat est trop complexe pour être résumé par les propos simplistes et démagogiques de Mme Beaudry. Les bibliothèques ont accompli très honorablement la mission que les sociétés leur ont confiée en préservant et en protégeant les connaissances et en donnant l'accès à la culture et au savoir au peuples. Dans le nouvel environnement où l'immatériel côtoie et fait concurrence au matériel, où tout s'accélère à une vitesse exponentielle, le défi des bibliothèques est de continuer à répondre à cette mission et de faire face aux nouveaux enjeux de l'organisation et de la diffusion des ressources numériques. Elles peuvent le faire très bien encore comme certaines le font déjà sans avoir à jeter le blâme sur Google pour justifier leur retard dans la poursuite de leur mandat...et de reconnaître, honnêtement, que Google est une formidable entreprise qui a contribué plus que n'importe quelle autre institution dans sa très courte histoire à faire avancer l'accès à l'information et au savoir.


à lire aussi:
Pour l'accès libre à la connaissance scientifique. Stéphane Couture. Bulletin Alternatives, 2 février 2009
A Guide for the perplexed: Libraries and the Google library project settlement
Qu'est qu'un livre à l'ère du numérique?
Le chant de la fourmi (lamentations montréalaises) de Guy Laflèche

*Les trésors de la Bibliothèque du Congrès passent au numérique par My Loan Duong, Corpo Clip,n.176, août-octobre 2008, p.10
** à lire le plan de mise en valeur des oeuvres orphelines: Google’s Plan for Out-of-Print Books Is Challenged
Alex Beam : Google vs. the libraries, December 2, 2008 : http://www.boston.com/lifestyle/articles/2008/12/02/google_vs_the_libraries/

jeudi 2 avril 2009

Ni cigale ni fourmi, juste Google et ...les autres

«Don't be evil» (Ne soyez pas mauvais). La devise de Google semble s'adresser à ses détracteurs dont l'inquiétude grandit face à ce formidable outil de recherche et de diffusion de l'information qui, en moins dix ans. Avec Google dans le monde de la documentation, les bibliothèques ont compris que leur rôle de gestion, d'organisation et de diffusion des ressources informationnelles devra changer sous peine de disparaitre.

Pour les uns, Google c'est l'accès à l'information à tous, pour d'autres, un géant qui ne fait pas de la dentelle

»Les avis sur Google, ce gigantesque moteur de recherche et de diffusion d'informations, varient selon le type d'interlocuteurs. «Bashing» chez certains,de la réserve chez d'autres et entre les deux un engouement certain qui nre se dément pas. Alors que le public et les populations ont adopté ce moteur de recherche dès son arrivée dans l'espace de l'internet, ce gigantesque répertoire de ressources informationnelles continue de susciter méfiance et crainte dans certains milieux notamment, celui des administrateurs de bibliothèques, comme en témoigne l'éditorial de Guylaine Beaudry dans le Bulletin de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (178,janvier-avril 2009) intitulé Google, les bibliothèques et la revanche de la cigale sur la fourmi.

Il ne se passe pas un jour sans que cette formidable entreprise créée par deux étudiants surdoués dans la jeune vingtaine de l'Université Standford en Californie à partir d'un fond modeste de 100 000$ offerte par Andy Bechtolsheim, un des fondateurs de Sun Microsystems, qui a crû au potentiel énorme de l'engin de recherche inventé par Larry Page et Sergey Brin ne fasse parler d'elle. Grâce par la suite à une mise de fonds de 1 million de dollars recueillis auprès de quelques amis et des parents, la société Google Inc.* le 7 septembre 1998, est devenue une immense entreprise d'hébergement, de stockage et diffusion de l'information et des connaissances. Sa valeur en bourse tourne autour de des 200 milliards de dollars américains avec plus de 20 000 employés à travers le monde et les revenus rapportés en 2007 sont de 7 milliards de dollars continue de susciter la contreverse et de causer des maux de tête aux administrateurs des fonds publics.

Des entrepreneurs et non des gestionnaires

Si avant de se mettre à numériser les ressources des institutions comme Standford University, University of Michigan, New York Public Library (la plus grande bibliothèque publique dans le monde), Oxford University (une des plus vieilles et des riches bibliothèques universiatires dans le monde) Bayerrische Staatsbibliothek et la Bibliothèque municipale de Lyon, Google «n'avait pas un seul livre à mettre en ligne», dixit Mme Beaudry, c'est parce que les fondateurs de Google ne font pas partie du groupe des administrateurs de services publics. Les fondateurs de Google ont créé leur emploi et s'ils partent avec un million de longueurs d'avance sur d'autres organismes, c'est parce que les outils que Google a créé pour indexer, référencer, organiser, diffuser, numériser les ressources sont plus performants, plus novateurs, bref meilleurs que d'autres. Et si malgré sa très courte et très brillante histoire, des administrateurs de grandes bibliothèques lui ont confié leurs trésors à conserver et numériser, c'est justement parce que ces administrateurs, qui ne sont sûrement pas des imbéciles non plus, ont jugé bon de le faire faire par Google...quoiqu'en pensent certains administrateurs et je fais référence ici à la l'épître «La BAnQ ne prend pas les mauvais conseils»)de Mme Lise Bissonnette, pdg de la BAnQ qui a vilipendé en des termes les plus virulents M. Guy Laflèche, professeur à l'UdeM qui a eu «l'insigne audace » de se plaindre que les fonds patrimoniaux de la BAnQ ne soient numérisés par Google.

Google va très vite, cent mille fois plus vite que n'importe quel autre organisme public. Mais quel organisme public au Québec pourrait prendre le risque d'investir une telle fortune dans la numérisation des fonds? Je ne prendrai pas la défense de Google, pour la simple raison que je ne crois pas qu'ils ont besoin de qui que ce soit pour le faire...Depuis le temps que leur caravane avance, imperturbable aux bruits ambiants. Mais laisser entendre comme la présidente de la Corpo que Google est en train voler les ressources des bibliothèques est nettement exagéré, voire malhonnête intellectuellement.

C'est pourquoi j'aime mieux l'article de Robert Darnton, un grand historien, professeur à l’université Carl H. Pforzheimer, directeur de la bibliothèque de Harvard qui n'est pas tout à fait chaud à l'idée que Google diffuse toutes les richesses des bibliothèques. Il a d'ailleurs refusé de faire numériser sa belle collection patrimoniale par Google. Son article est bien dosé, bien écrit, sans mauvaise foi, l'auteur a su se garder une petite gêne qui est tout à son honneur d'intellectuel et d'homme de lettres qui n'a pas besoin de se faire du capital politique pour mousser sa carrière. Dans cet éloquent article portant le titre Google & the future of books, publié par le «New York Review of Books » du 12 février 2009 , traduit en français dans le mensuel français, le Monde diplomatique, sous le titre de La bibliothèque universelle, de Voltaire à Google , l'auteur a eu l'honnêteté de rappeler que Google toujours été clair dans la poursuite de ses objectifs avec sa une mission proclamée: donner l'accès à l'information au plus grand nombre de personnes possible, sans toutefois vouloir détenir de monopole: (traduction libre «Google is not a guild, and it did not set out to create a monopoly»). Il ajoute que rien n'empêche les organisations et les institutions publiques et la Bibliothèque du Congrès de s'unir pour créer une sorte bibliothèque nationale numérique (National Digital Library), l'équivalent contemporain de la Bibliothèque d'Alexandrie. Mais, «pendant que les autorités publiques dormaient au volant», Google a pris l'initiative. Il n'a pas cherché à savoir s'il peut le faire ou non, il a pris les devants, il n'est pas allé en cour, il est allé en affaires, numérisant les livres qu'on lui a confiés. Et il a numérisé les livres des bibliothèques de façon si efficace que cela a suscité le besoin chez d'autres de partager avec lui les bénéfices de l'affaire». Traduction libre: «While the public authorities slept, Google took the initiatives. It did not seek to settle its affairs in court, It went into business, scanning books in libaries; it scanned them so effectively as to arouse the appetite of others for a share in the potential profits».

Ni cigale ni fourmi mais un problème de conservation et de diffusion

Google héberge et numérise gratuitement des ressources qui, autrement seraient restées, au mieux sur les rayons des sous sols de bibliothèques, et qui se seraient dégradées à la longue. Ce ne sont pas toutes des ressources patrimoniales mais des oeuvres parfois rares, fragiles qui méritent d'être connues et conservées. Des organismes qui le peuvent ont payé pour faire numériser leurs ressources patrimoniales et de les offrir en accès libre à l'intérieur de leurs institutions et sur leur serveur. Certaines des plus grandes bibliothèques et institutions américaines dont la Boston Public Library, le Smithsonian Institution, la Library of Congress mettent en ligne à grand frais leurs ressources patrimoniales* et les diffusent sur leurs sites. Mais cela suppose des reins solides que toutes ne possèdent pas. Il y a d'autres options comme le regroupement en consortium, par exemple. C'est ce qu'ont fait les dix-neuf bibliothèques universitaires et de recherche de la Nouvelle-Angleterre qui ont utilisé des solutions comme celle offerte parOpen Content Alliance.Bref, tout le monde peut faire concurrence à Google.

Les ressources acquises par les bibliothèques sur les fonds publics sont destinées à être consultées et combien de trésors sont-ils encore enfouis dans les cavernes d'Ali Baba faute d'une diffusion et d'une exploitation adéquates? Mme Beaudry parle très souvent de la valeur économique du savoir, elle qui travaille dans un milieu universitaire doit savoir que toutes ses richesses dormantes pénalisent des générations entières du fruit du travail des chercheurs et de la culture universelle accumulées, entreposées à grands frais, privant leurs auteurs et éditeurs de la reconnaissance sociale et des redevances versées grâce à la consultation de leurs travaux C'est feindre aussi d'ignorer la logique d'affaire qui dicte le fonctionnement d'une entreprise non subventionnée par les fonds publics comme Google.

Copie digitale et copie imprimée

La diffusion passe maintenant par l'accès en ligne. La copie digitale est maintenant de plus en plus indissociable de l'imprimée. À l'heure actuelle, des éditeurs font des copies digitales de leurs productions et c'est ce qui est en train de se faire dans plusieurs endroits. (« Meanwhile, the settlement provides absolutely no barrier to publishers providing their own digital copies, and this is in fact happening.») C'est ce que fait Safari Books Online dans sa propre maison d'édition où pour tous les ouvrages de la maison, on offre une copie digitale et une copie imprimée avec deux numéros de ISBN différents, incluant des ouvrages d'autres éditeurs télédéchargeables sur le site de la maison en format pdf, mobi, and epub et disponibles à partir des canaux de livres électroniques comme Amazon's Kindle, Stanza, et iPhone. Dans le monde de l’édition savante, des bibliothèques universitaires comme celles de l’Université du Michigan passent d’un modèle centré sur l’électronique et de plus en plus la diffusion des publications savantes sera essentiellement en format électronique, ainsi ils n’imprimeront plus d’emblée leurs publications mais offriront l’impression sur demande seulement. L'internet a changé le paradigme de la diffusion du savoir.

Les cavernes d'Ali Baba non exploitées

Que reproche-t-on à Google exactement? De n'avoir pas n'a pas mis des gants blancs pour faire sa place dans l'espace numérique? De n'avoir pas demandé la permission des bibliothécaires avant de numériser les ouvrages que des bibliothèques lui ont offert de numériser? D'avoir donné l'accès et d'avoir diffusé des ressources qui, autrement auraient été perdues, ignorées et oubliées? Dire que Google mange la laine sur le dos des bibliothèques est faux. Les obstacles viennent surtout de l'incapacité financière des organismes à dépenser de gros montants d'argent alloués par les bailleurs de fonds aux bonnes places:(«The barrier has always been the willingness to spend a lot of money for little return; the settlement doesn't change that.»). Google a dévancé et répondu aux besoins du public en mettant en ligne des ounvrages et cela a permis à mettre en valeur d'autres bases et d'autres ressources. Ses revenus viennent des millards de recherches et de visites effectuées quotidiennement sur son portail... et des milliards de revenus publicitaires qui ont suivi et c'est avec ça que Google fait son argent. Ce qui lui a permis d'investir encore plus dans le développement et la technologie et d'avancer encore plus et de numériser si bien, si vite et si efficacement les millions de ressources que des bibliothèques lui ont confiées.

Mais Google a bon dos. À ceux qui veulent faire porter sur Google le poids de leur insuffisance, je suggère encore la lecture de l'article que T. O'Reilly a écrit en réplique à Robert Dartnon, T. O'Reilly, dans Competition in the eBook Market
traduit en français par V. Clayssen sous le titre Concurrence sur le marché du livre numérique.

La réplique à Darnton: non au monopole de l'État

Timothy O'Reilly* mentionne les recommandations que le professeur James Grimmelman a émis pour encadrer l'entente Google Book Search de Novembre 2008 . Comme cet expert en droits sur la propriété intellectuelle, O'Reilly pense que la proposition de Darnton de laisser aux mains des autorités publiques le soin de faire appel à un consortium d'éditeurs pour prendre en charge le numérisation des ouvrages, n'est pas sans risque pour la liberté d'expression et la démocratie et nuisble pour la concurrence. Car toutes les administrations ne sont pas neutres et tous les gouvernements ne sont pas nécessairement démocratiques (Google est régulièrement censuré en Chine par exemple) sans parler que ce monopole risque de tuer la compétition ou la concurrence.(« I'd be far more worried about Darnton's wished-for utopia, in which the government had funded the equivalent, mandating that all publishers participate. That might well have nipped the competitive ebook landscape in the bud. »). Alors, honnêtement, si des bibliothèques ont laissé échappé le ballon (pardon, le fromage) entre les pattes de Google, à qui en vouloir? (Looking back over the course of digitalization from the 1990s, we now can see that we miss a great opportunity»).

On peut certainement pas dire qu'on ne l'a pas vu venir. Pour toutes sortes de raisons, on aurait pu faire mieux. Toutefois, il n'est pas minuit moins cinq du tout pour les bibliothèques et l'appel aux barricades de madame Beaudry, en l'occurence le cri: «Bibliothèques du monde entier, unissez-vous», qu'elle a emprunté d'ailleurs à Alex Beam (il fallait le dire dans votre article, madame)est alarmiste pour rien. Les bibliothèques ne sont pas toutes au même niveau. Certaines bibliothèques universitaires ont commencé à retrousser les manches, amélioré leur portail, leur catalogue, commencé à se mettre au web 2.0 et mis en ligne, pour le grand bonheur de leurs usagers, les ouvrages les plus importants de leurs fonds dont leurs ressources patrimonales ainsi que les travaux, les mémoires et les thèses de la communauté. D'autres malheureusement peinent et piétinent sur place mais à qui en vouloir? À Google?

Le corbeau et le renard

La littérature des grands peuples a souvent recours à l'anthropomorphisme pour peindre les travers de leur société et de leurs concitoyens. Les grands sages de l'humanité dont Jean de la Fontaine fait partie ont en fait usage abondamment pour tracer les parallèlles entre le monde des bêtes et le monde des hommes. Comme la plupart d'entre nous, j'adore les fables de la Fontaine. Ses vers m'ont aidée à aimer mes cours de français à l'école primaire. Ils m'ont guidée dans mes premières réflexions sur les hommes, les bêtes et les évènements de la vie et du monde en général. Plus tard, quand j'eus à porter un jugement sur une situation ou à émettre une réflexion sur une personne, comme bien d'autres, j'aime me référer aux propos et aux personnages des fables de ce grand humaniste pour y trouver mes repères.

À la présidente de la Corpo qui a comparé Google à la cigale et les bibliothèques à la fourmi de la fable, j'ai envie de lui dire de relire La Fontaine. Pour ma part, je serai plutôt portée à comparer Google au renard et les bibliothèques au corbeau qui a échappé son fromage (Oups!) pour regarder son beau plumage. Toutefois, pour rester dans le domaine de la littérature des fables, je préfère encore celle-ci qu'un bibliothécaire et une collègue universitaire m'ont fait suivre récemment. Cette fable parle de la fourmi et du lion. Elle n'est pas de la Fontaine, mais elle s'en rapproche par son humour acidulé.






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*À lire: La volée de bois vert envoyée par la PDG de la BAnQ en réponse à l'article La BNQ à l'ère de Google, (Le Devoir 2 novembre 2007) du professeur Guy Laflèche de l'UdeM sur la question de numérisation. Mme Bissonnette, haut fonctionnaire et administratrice de services public répond à un usager, ici M. Laflèche qui reprochait à la BAnQ de ne pas faire numériser ses fonds patrimoniaux. Voici un extrait de la réponse (assez décoiffante , merci, qui servira de leçon à qui ose donner des conseils aux administrateurs) publiée dans le Devoir ÉDITORIAL, jeudi, 8 novembre 2007, p. a6 , Libre-Opinion. Sous le titre BAnQ ne prend pas les mauvais conseils de Lise Bissonnette a écrit: «Sur les conseils de sa maman qu'il cite à répétition (Le Devoir, 2 novembre 2007) de "La BNQ à l'ère de Google",: « Un professeur au département des littératures de langue française de l'Université de Montréal nous reproche de ne pas nous joindre aux quelques bibliothèques universitaires et patrimoniales qui ont accepté de confier la numérisation de leurs livres anciens au géant américain Google. Guy Laflèche a tout faux en ces matières qui ne sont visiblement pas les siennes; j'invite ici sa maman à lui donner de nouveaux et plus judicieux». Pour lire l'article , allez dans Google et faites une recherche à Lise Bissonnette.

Timothy O'Reilly est le fondateur et président directeur général O'Reilly Media, Inc., considéré par les experts du milieu comme un des meilleurs éditeurs de livres électriniques dans le monde. O'Reilly Media est un leader dans le domaine des technologies émergentes dont le WEB 2.0.

Google, les bibliothèques et la revanche de la cigale sur la fourmi Bulletin Corpoclip n.178,janvier-avril 2009 . Editorial de Guylaine Beaudry
ALA, FINRA make unemployment resource available to public libraries
Un leadership inspirant: James H. Billington, le bibliothécaire du Congrès